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Le butin volé par Kadhafi : une piste qui mène à Abidjan

Written By Unknown on Rabu, 18 Februari 2015 | 16.05

Des malles pleines à craquer de dollars américains. Des ex-agents de la GRC infiltrés. Une opération en Libye, en Thaïlande et en Côte d'Ivoire. Enquête sur une rocambolesque histoire en quatre volets. Deuxième épisode : d'étranges liasses.

L'ex-enquêteur de la GRC Kim Marsh rencontre sa source en Thaïlande. Cette source le met en contact avec un individu qui travaille dans une ambassade africaine à Bangkok. Cet individu sert d'intermédiaire au groupe criminel. Il a des contacts indirects avec le groupe, et il n'a pas eu accès lui-même au magot volé par Kadhafi.

Kim Marsh tente de comprendre à qui il a affaire. Il apprend alors que l'argent se trouve à Abidjan, en Côte d'Ivoire. Il demande à l'intermédiaire de se rendre là-bas pour se renseigner sur ceux qui ont le Trésor libyen et pour s'assurer qu'ils disent la vérité.

« Avant d'entreprendre une telle opération, il faut vraiment faire une évaluation minutieuse des risques. » — Martin Kenney, avocat

 « Il était crucial que nous puissions voir l'argent, savoir où il se trouve, connaître la distance entre cet endroit et l'aéroport. Et nous voulions que le groupe criminel se charge du transport entre ce lieu et l'aéroport pour que, de là, nous puissions le sortir du pays », explique l'avocat Martin Kenney.

Les instructions de Kim Marsh à l'intermédiaire sont claires. « Il fallait qu'on nous permette de prendre des photos de la cargaison et prendre des échantillons. Nous voulions obtenir un maximum d'informations là-bas pour savoir à qui nous avions affaire. »

Le reportage de Luc Tremblay est diffusé jeudi soir à l'émission Enquête sur ICI Radio-Canada Télé.

Des échantillons du fameux butin

La rencontre a lieu dans un entrepôt de douane à Abidjan. De retour à Bangkok, Kenney et Marsh obtiennent des photos d'une partie du butin. On a montré à l'intermédiaire 40 millions de dollars américains en coupures de 100 dollars.

Les liasses de billets sont placées dans des boîtes métalliques arborant le grand sceau de la Libye. L'emballage des boîtes correspond exactement à celui utilisé par la Banque centrale américaine pour les transferts vers les banques centrales étrangères, selon Kim Marsh. 

« Les autorités américaines nous ont appris beaucoup de choses sur la façon de mettre en circulation de grandes quantités de dollars des États-Unis. Les liasses de billets sont mises dans des boîtes métalliques fermées à clef, puis dans des boîtes en carton scellées dans une pellicule plastique, exactement comme celles que nous avions vues. » — Kim Marsh, ex-enquêteur de la GRC

Mais surtout, Marsh et Kenney ont réussi à obtenir des échantillons du contenu. Ils ont en main quelques billets de 100 $ pris directement dans les caisses montrées à l'intermédiaire.

L'analyse des autorités américaines confirme l'authenticité des billets rapportés par l'intermédiaire. Mais c'est l'analyse des numéros de série de ces devises qui s'avère intéressante. Les coupures de 100 dollars analysées sont numérotées de façon séquentielle et sont sorties des chambres fortes de la Réserve fédérale à New York en mars 2013, soit 18 mois après la mort de Kadhafi.

Le mystère s'épaissit sur la provenance des millions vus à Abidjan.


Mais d'où viennent donc ces billets? À suivre demain, dans le troisième épisode!


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Quitter la France et choisir Israël

Ne se sentant pas en sécurité en France, des milliers de Juifs ont l'intention de quitter ce pays pour s'installer en Israël après des tueries visant leur communauté. De passage en Alsace aujourd'hui, le président François Hollande a tenté de rassurer les Français de confession juive, les incitant à rester au pays. Il visitait un cimetière juif où 250 tombes ont été profanées le week-end dernier.

Nous l'appellerons Olivia, parce qu'elle tient à conserver l'anonymat. Quand elle et son mari ont appris ce qui venait de se passer au supermarché cacher de la Porte de Vincennes, le 9 janvier dernier, ils ont pris une décision cruciale. Ils se sont rendus à une de ces réunions d'information organisées par l'Agence juive de France pour remplir les formulaires d'émigration vers Israël. Quatre personnes juives de Paris venaient d'être abattues par un terroriste simplement parce qu'elles étaient juives. C'était insupportable.

« Oui, en France, on a un poids sur nos épaules, on a peur, on enlève tous nos signes religieux [...] Je vous avoue qu'on ne se sent pas en sécurité, alors autant partir parce qu'on n'a pas notre place ici. » — Olivia, avocate, 28 ans

Olivia est avocate dans un cabinet respecté de Paris. Son mari est un homme d'affaires. Avec la morosité économique qui sévit en France depuis quelques années, ils se disaient qu'ils partiraient peut-être un jour pour aller vivre ailleurs, aux États-Unis, au Canada. Et puis, il y a eu ces attentats en 2012 dans la région de Toulouse, dans le sud de la France. Le terroriste Mohamed Merah a fait feu sur des enfants de 3, 6 et 8 ans et un parent dans une cour d'école juive. Par la suite, lors d'une manifestation pro-palestinienne en juillet dernier à Paris, on entend des cris : « sales Juifs, morts aux Juifs ».

Encore l'automne dernier, à Créteil, en banlieue de Paris, un jeune couple est attaqué dans un appartement : la femme est agressée sexuellement, l'homme est battu. Les agresseurs les avaient ciblés parce qu'ils étaient juifs; ils devaient donc avoir de l'argent! Une accumulation de faits qui ont miné la confiance d'Olivia et de son mari.

Selon un compte rendu officiel, plus de 850 actes antisémites ont été commis sur le territoire français en 2014. C'est un peu moins qu'en Angleterre (plus d'un millier), mais c'est plus que partout ailleurs en Europe.

Pendant cette même année, 7000 Juifs français ont émigré vers l'État hébreu, soit deux fois plus que l'année précédente. Ils font ce qu'on appelle l'Alya, ce qui peut se traduire par la montée vers Israël, une réinstallation dans ce pays. Un changement de vie, qui est la plupart du temps mûri depuis des années. Les Juifs du monde entier sont incités à le faire par le gouvernement israélien.

Les déclarations des derniers jours et des derniers mois du premier ministre Benyamin Nétanyahou appelant les Juifs d'Europe à venir vivre en Israël s'inscrivent dans cette démarche avec, cette fois, une bonne dose d'opportunisme électoral en plus.

De la France vers Israël

Le gouvernement israélien met la main à la poche pour parvenir à ses fins. Chaque immigrant juif a droit à une bourse d'une valeur de plusieurs milliers de dollars, une aide au logement, des cours d'hébreu gratuits, etc.. On pourrait penser que plusieurs Juifs français y voient d'abord une opportunité économique, plus qu'un appel religieux ou culturel.

Ce n'est pas le cas d'Olivia et de son mari. Les deux gagnent très bien leur vie en France et prévoient même devoir faire face à une baisse de revenus en émigrant en Israël. Elle devra refaire ses études et son barreau pour pouvoir reprendre sa pratique du droit.

Mais le couple veut avoir des enfants. Et ils ne veulent pas les élever en France. Olivia résume sa réflexion ainsi :

« En France, j'aurais le choix d'envoyer mes enfants à l'école publique où ils vont se faire traiter de sales Juifs, ou de les envoyer dans une école privée juive qui peut être une cible des terroristes. » — Olivia

Le couple n'est pas particulièrement religieux. Mais tous les deux apprécient les traditions et la culture juive. Olivia raconte que lors d'un mariage célébré récemment à Paris, les familles et les amis des mariés n'ont pas pu accueillir les futurs époux à l'extérieur de la synagogue, le rabbin interdisant les rassemblements extérieurs par prudence. « On ne vivra plus ça en Israël », dit Olivia.

Quand on lui demande s'il n'est pas plus dangereux d'aller vivre dans un pays en guerre, dans une des régions les plus violentes du monde, que de rester en France, sa réponse est prête. « Oui, peut-être que là-bas, on peut être tués parce qu'on est Juifs, mais je trouve que c'est bien pire en France où on vit dans une guerre invisible, et vu toute l'histoire de ce pays [...] l'histoire c'est un perpétuel recommencement, malheureusement ».

En janvier, au lendemain des attentats de l'hypermarché cacher, le premier ministre français, Manuel Valls, avait déclaré d'une manière solennelle à l'Assemblée nationale que sans les Juifs de France, la France ne serait plus la France. Son gouvernement devra poursuivre son travail de persuasion : au rythme actuel des choses, la communauté juive de France, qui compte 600 000 personnes, perd près de 2 % de sa population par année.


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Le cessez-le-feu en Ukraine est plus que jamais menacé

La situation se dégrade en Ukraine malgré le cessez-le-feu qui est entré en vigueur dimanche : le noeud des tensions se trouve à Debaltseve, une ville ferroviaire où les rebelles prorusses contrôleraient la quasi-totalité du territoire.

Devant cette offensive des rebelles, Kiev demande à l'Occident d'infliger une réponse « sévère » à Moscou. Par voie de communiqué, le président ukrainien Petro Porochenko a parlé d'une « attaque cynique contre les accords de Minsk ». Pour M. Porochenko, il importe que le Conseil de sécurité de l'ONU ne permette pas l'éclatement d'un conflit « de grande envergure ».

Le sort de Debaltseve préoccupe les quinze membres du Conseil de sécurité de l'ONU. Ce dernier a appelé, mardi, tous les belligérants à cesser les combats immédiatement et à se conformer aux engagements pris à Minsk.

« Les membres du Conseil de sécurité regrettent que, malgré l'annonce d'un cessez-le-feu le 15 février, la violence s'est poursuivie ces derniers jours dans certaines parties de l'est de l'Ukraine. » — Extrait d'un communiqué de la délégation britannique au Conseil de sécurité de l'ONU

C'est la première fois que l'armée ukrainienne reconnaît que les rebelles pro-russes sont entrés dans Debaltseve. De son côté, le responsable militaire des rebelles affirme que les séparatistes vont « nettoyer » Debaltseve dans les jours à venir. Dans le but de déstabiliser les soldats ukrainiens, les rebelles séparatistes prorusses les ont inondé de textos dans lesquels ils tentent de les inciter à se rendre.

Il faut se rappeler que des milliers de civils ont déserté Debaltseve ces dernières semaines mais qu'environ 5000 personnes s'y cachent toujours. La mairie de la ville assiégée affirme que ces civils sont privés d'eau et de nourriture.

Cette débâcle à Debaltseve survient au dixième mois de ce conflit qui a fait jusqu'ici plus de 5500 morts.

L'Union européenne observe les derniers développements d'un oeil inquiet, appelant de nouveau les belligérants à retirer leurs pièces d'artillerie, tel que le prévoit l'accord de cessez-le-feu. Pour Federica Mogherini, chef de la diplomatie européenne, « les développements ne sont pas encourageants ».

« Les Russes et les séparatistes savent très bien que non seulement l'Europe, mais toute la communauté internationale s'attendent à l'application des accords de Minsk. » — Federica Mogherini, chef de la diplomatie européenne

Devant la tournure des événements, le président russe Vladimir Poutine a dit souhaiter que les autorités de Kiev n'empêcheront pas « les soldats ukrainiens de déposer leurs armes ». Le président russe assure qu'il n'y a pas de « solution militaire » au conflit.


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Réunion sur la lutte contre l'extrémisme violent à Washington

Le vice-président américain Joe Biden a ouvert mardi à Washington une réunion consacrée à la lutte contre « l'extrémisme violent » en faisant l'éloge du modèle américain d'assimilation des immigrés et en invitant l'Europe, frappée récemment par les attaques de Paris et Copenhague, à s'en inspirer.

Cette réunion, dont la tenue a été confirmée par le ministre de la Justice Eric Holder après les attentats de janvier en France, mais qui était préparée de longue date, rassemblera des ministres et responsables de nombreux pays pendant trois jours.

Barack Obama y prendra la parole mercredi et jeudi.

« Nous devons (...) engager le dialogue avec nos communautés et avec ceux qui pourraient être susceptibles de se radicaliser parce qu'ils sont marginalisés », a déclaré Joe Biden.

« Les sociétés doivent fournir une alternative positive aux communautés d'immigrants, un sentiment d'opportunité, un sentiment d'appartenance qui discréditera l'attrait du terroriste pour la peur, l'isolement, la haine et le ressentiment », a-t-il dit.

« Je ne veux pas dire (...) que l'Amérique a toutes les réponses. C'est simplement que nous avons un peu plus d'expérience. » — Le vice-président américain Joe Biden

Les attentats de Paris et de Montrouge contre la rédaction du journal satirique Charlie Hebdo, une policière et une épicerie casher ont fait 17 morts les 7, 8 et 9 janvier. Leurs trois auteurs, abattus par la police, avaient revendiqué leurs actes au nom de groupes islamistes radicaux.

Les attaques de Copenhague au cours du week-end contre un centre culturel et une synagogue ont fait deux morts et cinq blessés. Le tireur a également été tué par la police.


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Le butin volé par Kadhafi : la traque des millions

Written By Unknown on Selasa, 17 Februari 2015 | 16.05

Des malles pleines à craquer de dollars américains. Des ex-agents de la GRC infiltrés. Une opération en Libye, en Thaïlande et en Côte d'Ivoire. Enquête sur une rocambolesque histoire en quatre volets. Premier épisode : 240 millions de dollars refont surface.

La plupart des spécialistes de la récupération d'actifs volés croient que le régime libyen a sorti des millions de dollars de la Banque centrale du pays au cours des derniers jours du règne du président Mouammar Kadhafi.

Cet argent aurait ensuite transité vers des pays africains limitrophes, au sud de la Libye. C'est du moins ce que croit Martin Kenney, un avocat spécialisé dans la fraude et le recouvrement d'actifs dans les paradis fiscaux.

« Il est fréquent que lorsqu'un kleptocrate comme Kadhafi sent que la fin de son règne approche, il prépare sa sortie. Il cache des fonds pour assurer son train de vie après sa chute. » — Martin Kenney, avocat

En effet, Mouammar Kadhafi est en fuite et vit caché en Libye pendant plusieurs semaines avant d'être attrapé et tué par les rebelles, en octobre 2011. Pendant sa cavale, le dictateur contrôle toujours une partie des ressources financières du pays. Une fois le dictateur mort, difficile maintenant de savoir où l'argent détourné est caché.

Blanchir l'argent du Trésor libyen

C'est dans ce contexte que Kim Marsh, un ancien enquêteur de la GRC spécialisé dans l'infiltration des réseaux de trafic de drogue, reçoit en 2013 des informations d'une de ses anciennes sources du milieu criminel.

L'ex-enquêteur apprend qu'un groupe d'individus, qui se disent proches de Kadhafi, seraient en possession de 240 millions de dollars américains volés au Trésor libyen, et qu'ils cherchent une façon de blanchir cet argent dans le système bancaire.

« Pour ma source, c'était une occasion d'affaires. Il exigeait un pourcentage de la somme en échange des renseignements », explique Kim Marsh.

Kim Marsh contacte l'avocat Martin Kenney, et les deux Canadiens élaborent un plan. Ils essaieront de prendre les criminels à leur propre piège en se faisant eux-mêmes passer pour des professionnels du milieu financier, capables de blanchir l'argent.

Le reportage de Luc Tremblay est diffusé jeudi soir à l'émission Enquête sur ICI Radio-Canada Télé.

Rendre l'argent volé au peuple libyen

Le vrai but de l'opération est de mettre la main sur l'argent pour le rendre au peuple libyen. Martin Kenney et Kim Marsh espèrent percevoir une commission sur la somme qu'ils réussiront à récupérer, une pratique courante dans le milieu de la récupération d'actifs.

Martin Kenney contacte le programme StAR (Stolen Asset Recovery), de la Banque mondiale, spécialisé dans la récupération d'actifs détournés par les dictatures. Il obtient l'assurance de pouvoir être mis en contact avec le gouvernement libyen de transition, si les informations reçues sont concluantes.

S'enclenche alors une opération pour tenter de trouver cet argent.

La source de Kim Marsh se trouve à Bangkok, en Thaïlande. L'ancien de la GRC s'y rend. Sa source doit lui présenter un individu qui peut le mettre en contact avec le groupe en possession de l'argent.

« J'ai demandé à ma source que la rencontre soit secrète, et qu'il me présente à l'intermédiaire comme un ami canadien qui a le savoir-faire pour blanchir l'argent. » — Kim Marsh, ex-enquêteur de la GRC



Marsh et Kenney arriveront-ils à approcher le groupe criminel? La réponse demain, dans le deuxième épisode!


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L'Égypte frappe l'État islamique

L'Égypte frappe l'EI : reportage de Marie-Eve Bédard

L'aviation égyptienne a bombardé lundi des positions du groupe armé État islamique en Libye, en représailles à la décapitation filmée de 21 chrétiens coptes égyptiens en fin de semaine. Cette offensive divise les deux gouvernements libyens rivaux.

L'armée dit que ses attaques menées contre « des camps, des lieux de rassemblement ou des dépôts d'armes » en Libye, visaient à « venger le carnage » commis par les djihadistes responsables.

« Que les gens de partout sachent que les Égyptiens ont un bouclier pour protéger et sauvegarder la sécurité du pays, et une épée qui ampute le terrorisme et l'extrémisme », ajoute le communiqué de l'armée.

Après les frappes, le président égyptien Abdel-Fattah Al-Sissi a dépêché son ministre des Affaires étrangères Sameh Sukri à New York pour des entretiens avec des membres de l'ONU et du Conseil de sécurité.

« Ce qui se produit en Libye est une menace pour la paix et la sécurité internationales. » — Abdel-Fattah Al-Sissi, président égyptien 

M. Sukri réclame ouvertement des mesures « immédiates et efficaces » pour contrer les djihadistes en Libye. « Laisser les choses inchangées en Libye sans intervention décisive pour écraser ces groupes terroristes représente un danger évident pour la paix et la sécurité internationales », a-t-il plaidé.

Deux Libye, deux positions

Saqer Al-Joroushi, un commandant de l'armée de l'air libyenne relevant du gouvernement reconnu par la communauté internationale, affirme que les frappes ont eu lieu à Derna, fief des djihadistes situé à environ 1300 kilomètres à l'est de Tripoli.

Il soutient que l'armée de l'air libyenne a participé à l'opération, qui s'est soldée selon lui par la mort de de 40 à 50 personnes. Des dépôts d'armes et des centres de communications des djihadistes ont été touchés, soutient M. Al-Joroushi.

« D'autres frappes aériennes auront lieu aujourd'hui et demain, en coordination avec l'Égypte », assure-t-il.

Le premier ministre libyen Abdoullah Al-Thinni, qui dirige le gouvernement reconnu par la communauté internationale depuis Tobruk, demande maintenant à l'Occident de lancer des opérations aériennes contre le gouvernement rival, qui règne sur Tripoli.

Selon lui, la capitale libyenne est contrôlée par les islamistes à l'heure actuelle, et tant Al-Qaïda que le groupe armé État islamique y sont actifs.

« Je demande à la communauté internationale de se tenir aux côtés de la Libye et de lancer des frappes militaires contre ces groupes. La menace risque de se propager aux pays européens, et notamment à l'Italie. » — Abdoullah Al-Thinni, premier ministre libyen 

L'autre gouvernement libyen, qui contrôle Tripoli avec l'appui notamment de milices islamistes, est cependant d'un tout autre avis. Il a condamné l'attaque de lundi, en soutenant qu'il s'agit d'une violation de la souveraineté de la Libye.

Le Caire sollicite l'appui de Paris et de Rome

Après le raid égyptien en Libye, le président Al-Sissi a eu des entretiens téléphoniques avec son homologue français François Hollande. Selon un communiqué de la présidence française, les deux hommes « ont souligné l'importance que le Conseil de sécurité se réunisse et que la communauté internationale prenne de nouvelles mesures pour faire face à ce danger ».

« Aujourd'hui, preuve est faite qu'il y a des centres d'entraînement et des actions spécifiques de Daech en Libye », a commenté sur la radio RMC le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian.

« La Libye, c'est de l'autre côté de la Méditerranée, c'est très proche de nous, d'où la nécessité d'être très vigilants et d'être alliés avec les pays de la coalition, comme l'est l'Égypte. » — Jean-Yves Le Drian, ministre français de la Défense

M. Al-Sissi s'est aussi entretenu avec le premier ministre italien Matteo Renzi. Ce dernier a fait savoir que l'Italie est prête à s'engager militairement, mais uniquement dans le cadre d'une opération de maintien de la paix sous l'égide de l'ONU. À défaut d'une telle opération, « ce n'est pas le moment d'une intervention militaire » en Libye, a-t-il déclaré. Il faut faire preuve de « sagesse, de prudence », a-t-il ajouté en appelant à éviter « l'hystérie ».

En fin de semaine, le ministre italien des Affaires étrangères, Paolo Gentiloni, avait affirmé que son pays était « prêt à combattre » et celle de la Défense, Roberta Pinotti, avait précisé que le pays prendrait la tête d'une coalition armée et enverrait au moins 5000 hommes sur le terrain.

Le ministre italien de l'Intérieur Angelino Alfano a quant à lui déclaré au quotidien La Repubblica que Rome cherche avant tout à relancer les efforts diplomatiques pour stabiliser la Libye, et ainsi éviter un « exode massif » de migrants vers ses côtes, et notamment l'île de Lampedusa.

L'ONU condamne la décapitation

Le Conseil de sécurité de l'ONU a réagi à la tuerie des coptes égyptiens lundi matin. Il a fait savoir qu'il « condamne fermement cet acte lâche et odieux [...] qui démontre une nouvelle fois la brutalité de l'EI ».

Les 15 membres du Conseil ajoutent « que l'EI doit être mis en échec et que l'intolérance, la violence et la haine doivent être éradiquées. ». Ils affirment également que « de tels actes de barbarie perpétrés par l'EI ne les intimideront pas, mais renforceront leur détermination » à combattre les djihadistes.

Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a également dénoncé « un acte barbare », mais a affirmé que « le dialogue est la meilleure chance d'aider la Libye à surmonter la crise actuelle ».


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Le combat contre le djihadisme de Mourad Benchellali, ex-détenu de Guantanamo

Entrevue avec Mourad Benchellali

À l'âge de 19 ans, le Français Mourad Benchellali part en Afghanistan à la suggestion de son frère aîné. Il échappe à l'endoctrinement djihadiste, mais il est incarcéré à Guantanamo, puis en France. Il se sert aujourd'hui de son expérience pour éviter que des jeunes vivent le même enfer qu'il a vécu.

En entrevue à 24/60, M. Benchellali raconte être parti en Afghanistan avec « beaucoup d'ignorance », en partie pour quitter sa banlieue de Lyon et aussi pour l'aventure. Il ne se doutait pas qu'il serait embrigadé par Al-Qaïda et contraint à suivre leur entrainement, dit-il. 

Parti en 2001, avant les attentats du 11 septembre, l'image qu'il avait de l'Afghanistan n'était pas celle d'après l'attentat du World Trade Center, souligne-t-il. Oussama Ben Laden n'était pas la figure qu'il est devenu. Il l'a d'ailleurs croisé lors son périple.

« J'ai découvert - trop tard - que j'étais dans une machine destinée à entraîner des jeunes de partout dans le monde pour en faire des combattants aux côtés des talibans », raconte-t-il. « On y est sous la contrainte. On doit y rester. »

Il réussira finalement à fuir le camp au milieu du désert de Kandahar, en passant par les montagnes, jusqu'au Pakistan. Là-bas, il sera arrêté et remis aux autorités américaines.

Ses 30 mois à Guantanamo, où il dit avoir connu les menaces, la torture et les interrogatoires, l'ont traumatisé. Quand enfin, il rentre en France, les autorités lui mettent à nouveau les menottes. Il séjournera encore 18 mois en prison.

Au centre de détention de Fleury-Mérogis, M. Benchellali est considéré comme un détenu à haut risque. Il se sent trahi par son pays. « Je ne comprenais pas pourquoi à ma sortie de Guantanamo, je me retrouvais de nouveau en prison, alors que les Américains ne m'avaient pas poursuivi. »

À son grand désespoir, il découvre que sa famille, dont sa mère, est aussi incarcérée. Aujourd'hui, ses parents sont en Algérie. Il a coupé tous les liens avec son frère aîné qui s'assume comme un djihadiste.

Échapper à la radicalisation

Mourad Benchellali dit avoir dû lutter contre lui-même pour éviter la radicalisation durant ses années de prison.

« Pendant toutes ces années je lutte, je lutte pour ne pas me radicaliser, parce que je souffre, parce que les conditions de détention sont difficiles pour moi. Je me bats pour ne pas m'enfermer dans la colère. » — Mourad Benchellali

Son combat

Maintenant âgé de 33 ans et père de famille, Mourad Benchellali s'est trouvé un combat : raconter son histoire aux jeunes pour qu'ils ne se laissent pas séduire par la propagande djihadiste.

Il ne veut pas s'imposer en « donneur de leçon », mais plutôt raconter son « erreur de parcours ». Comme lui pour l'Afghanistan, il croit que les jeunes qui partent en Syrie ont une vision idéalisée de ce qu'ils feront là-bas.

« On leur dit : vous allez aider les civils, vous allez vous en prendre au régime dictatorial de Bachar Al-Assad. » Selon lui, les jeunes ont aussi une grande naïveté. « Je ne pense pas qu'un jeune part en pensant qu'il va couper des têtes. Je pense qu'il idéalise beaucoup son voyage en Syrie. »

« Quand je raconte mon histoire, je leur dis attention : vous pouvez idéaliser l'État islamique, comme moi j'ai pu idéaliser les talibans. Vous ne serez pas libre d'aller ou vous voulez. Vous entrez dans une machine. » — Benchellali

Le Français se désole que son pays lutte contre la radicalisation par la répression plutôt que la prévention.

« Le djihadisme, l'islam radical, ce sont des idées. On combat une idéologie par le dialogue, par le discours, la prévention. Aujourd'hui, c'est tout ce qui n'est pas fait justement. On a la garde vue, la prison, des lois toujours plus répressives, mais les moyens humains ne sont pas assez utilisés. C'est une erreur », croit-il.


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L'Égypte veut un mandat de l'ONU pour une coalition en Libye

Le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi a souhaité mardi l'adoption d'une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU qui permettrait, après le feu vert du peuple et du gouvernement libyen, une intervention d'une coalition contre les djihadistes en Libye.

Interrogé sur Europe 1 sur la nécessité d'une résolution de l'ONU en ce sens, il a répondu : « Oui, il n'y pas d'autre choix, en prenant en compte que le peuple libyen soit d'accord et que le gouvernement libyen soit d'accord et nous appelle pour agir pour rétablir la stabilité et la sécurité ».

L'armée égyptienne a pilonné lundi à l'aube les positions du groupe armé État islamique (EI) en Libye, au lendemain de la diffusion d'une vidéo montrant la décapitation de 21 Egyptiens de confession copte par les djihadistes.

« Nous ne voulions pas que l'Égypte intervienne militairement, nous ne voulions pas agir à l'intérieur de la frontière libyenne par respect pour la souveraineté et pour le peuple libyen, mais ce qu'il s'est passé est un crime monstrueux », a dit Abdel Fattah Al-Sissi.

« Que nos enfants soient égorgés en Libye et ne pas agir, non. C'est une forme d'autodéfense », a-t-il ajouté.

Prié de dire si l'armée égyptienne allait de nouveau bombarder les positions des djihadistes en Libye, il a répondu : « Nous avons besoin de refaire une telle réponse, mais ensemble, pour arrêter le terrorisme. »


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Mohamed Fahmy est en colère contre Ottawa

Written By Unknown on Senin, 16 Februari 2015 | 16.05

Libéré après 411 jours de détention au Caire, le journaliste canado-égyptien Mohamed Fahmy vide son sac. Il critique vertement les efforts du Canada pour le faire libérer. Pour lui, l'intervention de l'ex-ministre des Affaires étrangères John Baird a été contre-productive et les démarches, en général, inefficaces. Il s'est confié à Radio-Canada.

L'homme qui se présente dans une chambre d'hôtel du Caire accompagné de sa fiancée a l'air fébrile, anxieux, mais heureux.

« Je suis euphorique. Je retrouve les simples gestes du quotidien : me servir d'un téléphone, passer du temps avec ma mère, manger de la nourriture maison. »

Mohammed Fahmy vient alors de passer ses premières vingt-quatre heures en liberté après 411 jours en détention. Le journaliste canadien d'origine égyptienne a été arrêté en décembre 2013 avec deux collègues de la chaîne Al-Jazira dans la chambre qu'il occupait à l'hôtel Marriott.

« Quand on a sonné à la porte dans l'hôtel, j'ai regardé par le guet et c'était un serveur, enfin, un agent de la sécurité déguisé en serveur. Alors, j'ai ouvert la porte. Soudainement, une quinzaine d'hommes brandissaient des armes et un caméraman nous filmait, je voyais le flash d'un appareil photo. J'ai compris à ce moment-là que ce n'était pas une descente ordinaire. Ces hommes étaient là pour monter un coup contre nous. » — Mohamed Fahmy

Les images filmées ont été diffusées sur les chaînes égyptiennes accompagnées d'une trame sonore apocalyptique pendant que Mohammed Fahmy, l'Australien Peter Greste et Bader Mohamed étaient accusés d'avoir soutenu une organisation terroriste, d'avoir fabriqué de fausses informations dans le but de ternir l'image de l'Égypte et d'avoir opéré un bureau pour une agence de presse sans permis et accréditations.

Les trois hommes ont été reconnus coupables lors d'un procès qualifié de politique et de farce par les groupes de défense des droits de la personne. En novembre, une cour de cassation ordonnait la tenue d'un nouveau procès.

Jeudi dernier, Mohamed Fahmy et Baher Mohamed étaient de retour dans la cage des accusés. Peter Greste, lui, était déjà de retour chez lui en Australie en vertu d'un décret présidentiel adopté par Abdel Fatah Al-Sissi.

Mohammed Fahmy avait cru qu'il était lui aussi sur le point de partir. Mais son expulsion tant attendue vers le Canada n'est jamais venue malgré les encouragements répétés de la diplomatie canadienne.

« Je me suis senti trahi. Trahi par les Égyptiens et abandonné par les Canadiens. J'étais de retour à la case départ. Je célébrais déjà. C'est un coup dur de se voir dupé de la sorte. Je me retrouvais de nouveau dans cette cage et devant un système judiciaire que je ne reconnais même pas. »

Jeudi dernier, le juge Hassan Farid a ordonné sa libération sous caution pendant la poursuite du procès. Une liberté qui pourrait être éphémère.

« Je panique, ma famille panique. Oui, nous profitions des premiers instants de liberté, mais, pour être réaliste, c'est loin d'être terminé. Quiconque observe les tribunaux en Égypte vous dira qu'il y a un sérieux problème dans le système judiciaire ici. Nous ne serons jamais acquittés dans cette affaire même si tout le monde sait que nous sommes innocents. L'Égypte veut la manchette affirmant qu'Al-Jazira est une chaîne qui fabrique [des informations] et soutient le terrorisme. »

Ottawa doit en faire beaucoup plus

Mohamed Fahmy est un homme en colère. En colère contre l'Égypte qui l'a incarcéré, en colère contre son employeur Al-Jazira qu'il accuse de négligence, mais surtout déçu par la diplomation du Canada qui lui a fait défaut.

« Le premier ministre devrait appeler Sissi au téléphone. Il doit y avoir une communication directe. Les courriels et les voies diplomatiques d'usage ne suffisent pas dans cette situation. » — Mohamed Fahmy

« Je crois que M. John Baird, sans vouloir montrer du doigt, mais c'est ce que je perçois, a commis une faute diplomatique quand il est venu en Égypte et a déclaré à la presse locale que le Canada n'allait pas traduire Fahmy devant la justice et le mettre en prison. Il a embarrassé les Égyptiens parce que la loi égyptienne prévoit que nous serons jugés ou emprisonnés une fois de retour dans nos pays. »

Au-delà des erreurs commises, il se demande aussi pourquoi le Canada n'a pas défendu son citoyen de façon plus agressive, citant l'exemple de l'Australie avec les résultats que l'on connaît pour Peter Greste.

« Ce qui a mal tourné pour moi, c'est que le gouvernement canadien n'a pas fait suffisamment pression. Ce n'est pas moi qui le dit, ce sont des dirigeants égyptiens qui nous demandaient : "Où sont les Canadiens? Pourquoi n'appuient-ils pas de tout leur poids dans cette affaire?" »

Mohammed Fahmy croit qu'il n'est pas trop tard pour lui éviter un long procès et un possible retour derrière les barreaux. La pression qui s'accentue sur le premier ministre Harper, avec entre autres une campagne sur les réseaux sociaux sous le mot-clic #HarpercallEgypt l'encourage.

« J'espère seulement qu'Ottawa réalise que ce n'est pas si compliqué de prendre le téléphone pour demander qu'un de ses citoyens soit déporté. Tout ce qu'on demande, c'est ce coup de fil et ce support pour me sortir d'ici. »

Son procès se poursuit le 23 février.


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Les 10 ans du protocole de Kyoto, quel bilan?

Il y a 10 ans, le protocole de Kyoto entrait en vigueur. L'objectif de cet accord international était de contraindre les pays industrialisés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Quel constat peut-on tirer aujourd'hui de cette entente, alors que la communauté internationale tente de donner une suite à Kyoto?

En 2007, la revue Nature avait créé une onde de choc en publiant une analyse économique appelant à abandonner le protocole de Kyoto : « Time to ditch Kyoto ». Selon les auteurs, l'accord de Kyoto était tout simplement un modèle à ne pas appliquer pour faire face au grand défi que posent les changements climatiques.

Dix ans plus tard, avec les plus récents chiffres en main, force est de constater que le bilan, bien que mitigé, est peut-être moins sombre qu'on ne le croyait.

Selon les dernières données des Nations unies, les émissions des pays signataires du protocole ont diminué de 24 % entre 1990 (l'année de référence du protocole de Kyoto) et 2012. Petit bémol : ces chiffres ne disent pas tout.

Des données qui faussent la donne

Une baisse de 24 % peut donner l'impression que le protocole de Kyoto a été d'une efficacité redoutable, à première vue. Mais trois données faussent la donne.

D'abord, on inclut dans ce bilan les États de l'ancien bloc de l'Est, qui ont vu leur économie s'effondrer autour de 1990. Une chute drastique de leurs émissions de GES s'en est suivie, de 40,6 % entre 1990 et 2012. Cela fausse les données et tire à la baisse la moyenne de tous les pays signataires.

Pour voir sur votre appareil mobile le graphique sur la croissance des émissions de GES,  cliquez ici.

Il faut aussi exclure de ce bilan les États-Unis, qui n'ont jamais ratifié le protocole de Kyoto. À l'époque, ils étaient pourtant les plus grands émetteurs de GES de la planète.

Enfin, il faut aussi mettre de côté l'action du Canada, qui s'est retiré du protocole de Kyoto à la toute fin. Ottawa a un des pires bilans des pays signataires de l'accord. Ses émissions ont bondi de 18,2 % sur la période 1990-2012.

Résultat? En excluant ces trois facteurs, le protocole de Kyoto aura permis une baisse réelle des émissions des pays signataires de 4 %, à peine en deçà de l'objectif de 5,2 %.

Le protocole de Kyoto

Signé en 1997, il aura fallu attendre 2005 - huit ans! - avant que soient réunies les conditions nécessaires à son entrée en vigueur. C'était la première fois - et, jusqu'à présent, la seule - que les pays riches s'engageaient par écrit à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES).

Mais avant même que l'encre ait eu le temps de sécher, il était évident que le traité était promis à un avenir trouble. Les États-Unis, le plus grand émetteur de GES de la planète à l'époque, ont signé le document, mais ne l'ont jamais ratifié. Les signataires restants, 37 pays développés et des économies en transition, s'étaient engagés à réduire leurs émissions de 5,2 % en moyenne sur la période 2008-2012, sous les niveaux de 1990.

Les États se sont réunis toute la semaine dernière à Genève afin de jeter les bases du futur traité international sur le climat. Vendredi, ils sont parvenus à présenter un texte qui servira de base aux négociations à venir d'ici à la conférence de Paris. D'entrée de jeu, les négociations s'annoncent difficiles.

Bilan mitigé

Un mauvais outil, donc, le protocole de Kyoto? Oui et non. Stéphane Dion, député fédéral du PLC et ancien ministre de l'Environnement, a présidé la première conférence des Nations unies sur le climat suivant l'entrée en vigueur du protocole. La rencontre a eu lieu à Montréal en décembre 2005. Selon lui, Kyoto a été une arme à double tranchant.

« Si on n'avait pas eu Kyoto, on serait bien plus mal en point. Mais le danger, c'est de se dire : « puisqu'on a ça, c'est la preuve qu'on a fait suffisamment d'efforts ». Ça, à mon avis, c'est ne pas se dire la vérité à nous-mêmes. » — Stéphane Dion, ancien ministre fédéral de l'environnement et député du PLC

Stéphane Dion souhaite que Kyoto soit perçu aujourd'hui comme le début d'une démarche plus profonde et mieux adaptée à la réalité.

Les effets de la crise

Pour bien évaluer l'efficacité réelle du protocole de Kyoto, il faut aussi mettre dans la balance un autre facteur, très important : la crise économique mondiale de 2008. Partout sur la planète, la récession a provoqué un ralentissement de la croissance des émissions de gaz à effet de serre.

Dans les pays signataires du protocole, les émissions de GES ont baissé.

Pour voir sur votre appareil mobile le graphique sur les émissions de GES,  cliquez ici.

Une réalité qui a changé

À l'époque de la mise en forme du protocole de Kyoto, au début des années 90, le portrait des émissions de gaz à effet de serre était fort différent. La majorité des émissions provenaient des grands pays industrialisés.

En 1990, la Chine ne comptait que pour 10 % des émissions totales de la planète. Selon les plus récents chiffres (2012), elle émet 27 % des GES à l'échelle mondiale.

Le protocole de Kyoto est un produit de son époque, explique Hugo Séguin, chargé de cours à l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke et chercheur invité au CERIUM. À ce moment-là, la Chine ou l'Inde n'étaient pas encore perçues comme étant des économies émergentes, ajoute-t-il.

« C'était assez binaire : il y avait les pollueurs, les pays riches, et il y avait les pollués, les pays en développement. Le protocole de Kyoto est conçu comme tel : il y a des obligations pour les pollueurs, et une aide pour les pays touchés par les changements climatiques. » — Hugo Séguin

L'Inde, devenue le 3e émetteur en importance de GES de la planète, produit aujourd'hui 8 % des émissions. Les États-Unis comptent quant à eux pour 14 % du total, et l'Union européenne pour 10 %.

Selon le professeur Hugo Séguin, une des faiblesses du protocole, c'est qu'il n'y a aucune contrainte pour des pays comme la Chine ou l'Inde, lorsqu'ils atteignent un certain niveau de développement et qu'ils contribuent de façon significative aux émissions de GES de la planète. Lorsque ces pays en arrivent là, ils devraient s'astreindre à des « objectifs de réduction ou d'inflexion de leurs émissions », explique-t-il.

Le modèle Kyoto ne sera pas répété

Le protocole de Kyoto a été forgé autour du principe d'une « responsabilité commune, mais différenciée ».

C'est sur cette base qu'on a exigé un plus grand effort des pays industrialisés, responsables de la plus grande part des émissions de gaz à effet de serre sur la planète. Mais puisque les États-Unis n'ont jamais ratifié l'accord, à peine le tiers des émissions mondiales étaient visées par Kyoto.

Ce modèle à deux échelles ne sera probablement pas répété à l'avenir. Le traité qui doit remplacer Kyoto, qu'on espère signer en décembre à Paris, aura dans sa mire tous les grands pollueurs de la planète. Il est peu probable qu'une entente soit conclue sans que la Chine, les États-Unis, l'Inde, la Russie, l'Indonésie et le Brésil y participent.

Stéphane Dion ne s'emballe pas trop sur une éventuelle entente qui satisfasse tout le monde.

« Il y aura une entente à Paris, je suis assez optimiste là-dessus. Mais est-ce que ce sera un accord suffisant? Je suis pessimiste. On demande aux pays de soumettre des cibles volontaires. Je vous garantis que si on continue à raisonner de cette façon, les scientifiques nous diront que nos efforts sont insuffisants. » — Stéphane Dion, ancien ministre fédéral de l'environnement et député du PLC

En route vers Paris

Les États se sont réunis toute la semaine dernière à Genève afin de jeter les bases du futur traité international sur le climat. Vendredi, ils sont parvenus à présenter un texte qui servira de base aux négociations à venir d'ici à la conférence de Paris. D'entrée de jeu, les négociations s'annoncent difficiles.

Au cœur des divergences : la répartition du fardeau de l'effort entre les pays riches et les pays en développement.

Exactement la même source de division qu'au temps de Kyoto!


16.05 | 0 komentar | Read More
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